mar
01
jun
2010
Encore un extrait
Lyd’île aux nuances.
Max n’est pas encore rentré de son travail et je suis là, dans mon fauteuil, à savourer un whisky 12 ans d’âge. Qu’il est bon de se retrouver seule après des émotions aussi intenses que celle que j’ai connues avec Axel, tout à l’heure! Ce garçon est vraiment surprenant ; c’est une vraie boule de nerfs, mais parallèlement, il est délicat. Enfin avec moi…Marie doit être comblée avec un tel époux. C’est vrai qu’il l’aime. Hier encore, il parlait d’elle avec une telle émotion dans la voix que cela ne laisse aucun doute. J’ai eu la chance de l’apercevoir un jour à l'atelier; elle est vraiment très belle.
Mon Maxou n’est plutôt pas mal, non plus. C’est un autre genre qu’Axel : Il est plus jeune et pourtant, il fait plus mûr. Il faut dire que son travail l’oblige à une certaine prestance : à la tête d’un cabinet de recrutement, le costume est de rigueur.
Pourquoi ai-je eu envie de l’embrasser ? Peut-être parce que tous ces textes poétiques qu’il a écrits m’ont émue. Et ces deux histoires qu’il m’a envoyées étaient vraiment très touchantes ; surtout celle de cet enfant qui refuse le contact des autres.
Je viens de lire son texte sur le manque d’une enfant qui a pris son envol. Il est vraiment superbe. Je trouve magnifique sa façon de décrire quelque chose qu'il n'a pas vécue. Le spleen du premier paragraphe est adouci par le souvenir attendri des moments partagés avec « sa » fille. C’est une bonne idée d’avoir laissé planer un doute sur la personne qui lui manque; jusqu’aux dernières lignes on pense à une maîtresse. Son style me plaît beaucoup. J’aime comme il fait voyager le lecteur dans son âme.
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Je me souviens encore des phrases d’Axel à propos de la première nouvelle que je lui avais envoyée. Sa critique était émouvante. Je ne pensais pas qu’un homme pourrait être autant touché par mes écrits, de même que je ne le savais pas aussi sensible ; ses premiers envois m’ont émue : il contenait des chansons très poétiques. Quand on sait que le titre « The jester’s smile » a été composée en l’honneur de sa femme, on ne peut que se dire qu’elle a beaucoup de chance. Et elle, qui est aussi musicienne, a écrit et composé quelque chose pour lui. Le jour où il m’en a touché deux mots, il avait, dans les yeux, cette lueur qu’ont les enfants lorsqu’ils découvrent leurs cadeaux au pied du sapin. C’est l’unique fois où il a fait allusion à cette chanson de Marie. Je crois qu’il n’aime pas en parler car il pense ne pas mériter à ce point l’attention de quelqu’un. Il se dit certainement qu’il n’est pas à la hauteur d’un tel honneur.
Et pourtant il faut avoir une certaine dose de sensibilité pour écrire, comme il le fait souvent, la souffrance d’un amour impossible. Il faut qu’il aille chercher très loin au fond de son être des sentiments enfouis, qu’il les fasse resurgir et vivre aujourd’hui.
Il m’a dit un jour, qu’il aurait bien aimé écrire comme moi. Je crois que je peux lui rendre le compliment ; ces mots sont d’une douceur et d’une amertume tels que l’on imagine difficilement qu’il puisse être heureux.
Quand je lis ses poèmes, je me dis souvent que s’il était à côté de moi, je le prendrai dans mes bras et je lui parlerais du pays imaginaire où nous nous retrouvons de temps en temps.
Ce garçon est vraiment un personnage étrange ; j’ai pu le voir à plusieurs reprises, s’emporter pour des évènements insignifiants et lorsqu’il écrit, je le sens doux. Son côté irritable et soupe au lait colle peu avec sa délicatesse littéraire.
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Voilà trois semaines que je reçois des textes d’Axel que je n’ai pas eu le temps de lire. J’espère que mon silence ne l’inquiète pas trop. Je sais bien que, par ses envois, il cherche une critique. J'ai bien senti qu’il avait besoin du regard de quelqu’un sur son travail. Il souhaite certainement mon avis parce qu’il est sensible à ce que j’écris et qu’il espère une sorte de réciprocité. C’est son côté enfant qui cherche l’approbation d’une maman imaginaire.
Il doit être déçu de ne pas avoir de mes nouvelles…
Et voilà que je pense comme une mère qui se fait du souci pour son fils !
Il va falloir que l’on reparle de ce sujet qui fait tant peur à Max : un enfant.
Toutes mes amies ont accouché et je me trouve être la seule, à 35 ans passés, à ne pas encore materner.
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Il m’intrigue. Parfois, quand je l’observe, il me paraît très dur, et à d’autres moments, je le sens triste ou blessé. Il semble se contenir constamment et quand il ne le peut plus, il déverse des fleuves de colère ou de passion. Quelqu’un qui ne le connaît pas, peut être effrayé par ce personnage énigmatique.
Enfin tout ceci, je ne l’ai constaté qu’au sein de son travail. Il faut être très solide pour conserver son sang froid face à des clients de plus en plus exigeants et qui ne sont pas, pour autant, enclin à financer un ouvrage à la hauteur de leurs requêtes.
Lorsque nous nous sommes croisés dans des soirées, j’ai découvert Axel sous un autre angle. C’est un garçon réservé et drôle. Son empathie est parfois un peu excessive mais assez touchante. J’ai cru entrevoir chez lui un personnage bouillonnant d’émotions, mais surtout quelqu’un qui doute de ses propres capacités. Il me semble être un homme cassé de l’intérieur.
Il m’a d’ailleurs dit, un jour, qu’il aimait un de mes poèmes qui était assez triste car il se disait attiré par ce qui est «cassé chez l’être humain ». Il aime ce qui lui ressemble et qu’il connaît.
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Un de ses poèmes m’a plus touché que les autres ; il y parlait d’un amour à sens unique. La souffrance qui s’en dégageait était presque insoutenable. J’ai même imaginé, un instant, qu’il pouvait m'être destiné. L’intimité qui émane de ce texte m’est apparue un peu ambiguë. C’est assez étrange d’envoyer ce genre d’écrit à une femme que l’on connaît peu.
Je suppose que j’exagère en pensant qu'Axel aurait pu être amoureux de moi. Je ne suis pas de ces filles qui pensent que, dès qu’un homme la regarde, il succombe à son charme. C’est vrai que j’ai conscience que je suis plutôt jolie, mais jamais je ne prétendrai être irrésistible…Cependant, ce poème m’a un peu déstabilisée.
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Lorsque j’ai senti ses mains sur mes hanches, j’ai été envahie d’un immense bien être. Max est rentré du travail plus tôt que prévu ; je ne l’ai pas entendu arriver. Il sait se faire discret pour me surprendre. Il dit souvent que l’imprévu nourrit son désir et son amour pour moi.
Les tomates farcies attendront un peu avant d’aller au four.
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Alors qu’il m’a emplissait de tout son amour, Max, comme d’ordinaire, m’a dit qu’il m’aimait mais cette fois il a ajouté qu’il voulait un enfant de moi.
Pourquoi un enfant ? Et surtout, pourquoi maintenant ?
Jusqu’à présent, il était très distant quand on abordait le sujet. Et voilà qu’aujourd’hui c’est lui qui en parle !
Aurait-il peur de quelque chose ?
C’est vrai que je lui fait part, de temps en temps, de ce sentiment que j’ai en lisant Axel : une sorte de tendresse mêlée à de l’envie. Pourvu qu’il n’ait pas eu ce souhait soudain en pensant que ma relation virtuelle avec Axel pouvait m’éloigner de lui !!!
Pourtant, il le sait bien que c’est lui l’homme de ma vie.
Je me fais peut-être des idées ; il veut certainement devenir père parce qu’il est temps pour lui de construire autre chose qu’une vie de couple simple et tumultueuse à la fois. Notre duo fonctionne depuis très longtemps avec des moments différents les uns des autres ; nous sommes amants, amis, époux. Il est peut-être temps que nous soyons parents.
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Nous avons rarement l’occasion de nous parler en ce moment et je sens bien qu’il en est déçu. Il sait pourtant que, malgré mon emploi du temps chargé, il peut quand même m’aborder. Je me demande s’il n’a pas peur. Pas peur de moi, non ; il a plutôt l’appréhension, certainement, de déranger. Il est tellement sensible au regard de l’autre qu’il en oublie qui il est et qu’il n’est pas un intrus… Mon silence à l’issue de ses envois, l’a peut-être fait douter de moi. Peut-être pense-t-il qu'aujourd'hui je suis indifférente à ces textes; que ces échanges étaient amusants au début et que maintenant, il faut tourner la page.
Non, je crois que je me fais des idées… Il est tout simplement très occupé, en plus d’être réservé.
« Taciturne », selon le petit Robert de la langue française, définit quelqu’un qui par nature parle peu, reste silencieux. C’est tout simplement ça : il est taciturne.
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Un de ses textes m’a profondément touchée. « Je m´enivre de tes mots », « Je veux préserver ce moment enfantin d´espoir fragile, qui nourrit mon dessein d´éclore dans tes songes. » Je me demande pourquoi ces lignes me bouleversent tant. Je me les suis appropriées alors que je ne suis certainement pas le sujet du texte. S’il me demandait un jour de lui expliquer pourquoi je suis émue par ce poème, je ne saurais pas quoi répondre. Quelle femme, à qui l’on envoie ce genre de texte, même pour une demande d’avis, ne serait pas sensible au sujet et ne se demanderait pas si un tel dévoilement de l’intime n’ést pas une déclaration.
Je serais flattée que quelqu’un puisse écrire de si belles choses en pensant à moi. Voilà le fond de l’histoire. Si ce texte n’est pas autobiographique, cela n’a pas vraiment d’importance ; il est beau et son auteur mérite simplement de le savoir.
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Lorsque nous avons dîné avec quelques amis et collègues, après la biennale des antiquaires, j’ai remarqué sa complicité avec Matsanga. Je les ai observés tous les deux. Ils avaient l’air d’un couple. Elle le connaît tellement bien... Je me demande si elle n’est pas un peu amoureuse de lui. Lors des rares moments où le regard d’Axel a croisé le mien, j’ai ressenti comme un souffle d’air pur, une bouffée salvatrice.
Chaque instant de spleen m’est lourd ; et pourtant j’en ai besoin ; il m’aide à me régaler de ces petites joies qui m’inondent d’un bonheur intense. Dès lors que je suis envahie par des peines, je me sens vivre car je sais que viendra bientôt le réconfort d’un geste, d’un regard ou d’un mot. Il m’arrive parfois d’aller chercher au plus profond de mon âme, cette tristesse et de la faire vivre, pour enfin faire naître une extase…
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Enfant, je serrais ma poupée très fort contre moi, lorsque la peur du noir me saisissait, ou quand j'étais réveillée en pleine nuit par un cauchemar. Je savais que ces gestes ne me sauveraient pas des dangers qui m’effrayaient, mais ils étaient rassurants.
Qui est ma poupée, aujourd’hui ? Certainement ce rêve, caressé à tout instant, d’être celle qui manque, qui hante les pensées de l’autre. Qui est l’autre ? L’autre c’est Axel, c’est Max…
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Ce matin, alors que Max me parlait des prochaines vacances, je n’étais pas vraiment là. Je ne savais pas encore de quoi serait faite mon après-midi de libre, alors les vacances dans 3 mois, ça me paraissait plutôt abstrait.
Mon esprit divague au gré de mes humeurs. Je me sens lasse, un peu perdue, même. La vie auprès de Max est un réel enchantement, mais depuis ces derniers jours, je suis ailleurs.
Aujourd’hui, je me suis surprise à sourire lorsque j’ai vu Axel arriver à la boutique. Il voulait, disait-il, s’assurer que son travail nous avait satisfait. Je ne le vois que très rarement en dehors de son échoppe.
C’est étrange ; je me sens bien de l’avoir entrevu, mais j’ai ce goût amer de la mélancolie. Ce que j’aimerais qu’il ressente la même chose ! Il n'y a pas de raison que je sois la seule à sentir cette oppression dans ma cage thoracique !
Voilà que je me laisse aller à rêver comme une adolescente.
* * * *
Nous nous sommes croisés à la réunion de l'association des commerçants du quartier, mais nous étions tous deux très occupés et concentrés. J’ai même eu la sensation qu’il ne m’avait pas vu. Le seul moment où nous aurions pu parler nous a été volé par la promiscuité de nos collègues. De ce fait, j’ai ressenti une grande gêne des deux côtés ; ça m’a même valu, une petite pique. Je sais bien qu’il voulait donner l’air de ne pas avoir l’air, mais je me suis sentie salie.
J’en ai presque mal… Je me sens comme quelqu’un qui vient d’être trahi. C’est insupportable !
Je sais pertinemment que rien de ce qu’il dit n’est destiné à me blesser, mais je ne peux m’empêcher d’éprouver une vive douleur.
Beaucoup pensent que je suis froide et insensible; preuve est que non !











