mar

06

avr

2010

Extrait de mon roman en cours de correction...

Le début

"Vous me laissiez entendre que je ne valais rien quand j'affirmais que je n'étais pas à mon avantage lorsque je doutais. Mais je ne suis pas un douteur, je suis un idolâtre du doute, un douteur en ébullition, un douteur en transe, un fanatique sans credo, un héros de la fluctuation."


"Être
persuadé de quoi que ce soit est un exploit inouï, presque miraculeux."

 

Émile Michel CIORAN

 

 

 Une fleur danse

Le long des accords sublimes (sublime désaccord)

Plonger la main dans un tronc mort

Sentir la sève figée.
Le temps fléchit.

Écoute les mirages couler sur tes seins,

Perler en vaines gouttelettes sur ton ventre chaleureux.
Tu les reconnais?

Amuse-toi des craintes du garçon que tu puises.
Enveloppe-le au fond de tes vœux.

Aspire ce feu, dévore cette ombre

Contiens-le dans ta joie...

 

 

La longue dame en noir a touché mes ailes

J'ai bu son parfum de soleil

Enfant transi de lumière éternelle

Je marche au dedans de ses merveilles.
Immoral sentiment de liberté

Inévitable sensation d'emprisonnement

Mon âme est froissée et ta senteur d'été...

...Je t'attends...

 

 

Confessions d’un quadr’ado.

 

 

27 Septembre: 9 heures 45

 

Retiré des jours entiers loin des hommes , j’ai éprouvé l'irrépressible besoin de me mêler à eux. De la terrasse ensoleillée, j’observe distraitement les passants. Je me sens loin, hermétique et nébuleux.

Son visage est partout. Il se profile sur les couvertures de magazines, se reflète dans les vitrines. Sa voix, souple et aérienne, danse, s'envole puis revient, inlassablement me cueillir dans ses ondes.

 

Que fait-elle? Elle s’éveille, paisible après une nuit ardente. De ses mains coulent des chants satinés. Je ne l’envie même pas, ce type qui la touche ! Il ne caresse pas ce mystère qui m’enveloppe à tout moment; étranges instants enchanteurs nés de notre partage. Les yeux clos, je la devine; elle parcourt les lignes que je lui ai envoyées, un sourire attendri sur son minois de femme-enfant.

 

J’ai rencontré Lydie il y a deux ans. Elle était venue m'apporter à restaurer un secrétaire Louis Philippe. Associée à son oncle antiquaire, elle gérait leur boutique.

Elle était satisfaite de mon travail et m'avait proposé un contrat de partenariat auquel j'avais souscrit.

 

Au début de notre collaboration, j'avais constaté qu'à plusieurs reprises, elle s'était attardée dans l'échoppe pour admirer mes figurines et totems sculptés au canif.

Parfois, quand j'étais à mon bureau à noircir les pages du cahier d'écolier sur lequel je jette, au hasard de mes états d'âmes, des mots entrelacés, elle m'observait, songeuse.

Un jour, je griffonnais, installé sur mon transat', dans la cour de mon atelier, le soleil printanier nonchalant, caressait ma peau et j'ai senti sa présence. Elle n'était pas là mais je savais que quelque chose d'inattendu se produirait. Elle est arrivée, lente, légère, et flottait au dessus du sable roux du patio. Je ne m'étais jamais aperçu, avant cet instant, à quel point elle était belle...

Elle est restée un moment immobile. Elle fixait mes mains. Ensuite, son regard a frôlé mes dictionnaires. Lydie semblait réaliser que j'écrivais.

À quoi pensait-elle?

Elle s'imaginait, sans doute, que j'étais de ceux qui, parce qu'ils alignent des phrases sur du papier, se découvrent un talent naissant et après quelques tentatives stériles, se dirigent vers des activités proposant un plaisir plus instantané.

 

-Voulez-vous que je revienne plus tard?

-Non, de toute façon, il faut que je fasse une pause.

-Roman, nouvelles ou poèmes?

-Pardon?

-Pardonnez ma curiosité. Votre concentration et votre sérénité me laissent penser que l'écriture est votre seconde nature. Je perçois, chez vous, l'instinct de la création. Et je m'interroge donc: Roman, nouvelles ou poèmes?

-Pour l'instant, cela ressemble à une nouvelle, mais il est possible que l'inspiration me pousse à développer l'histoire pour en faire un roman. Mais dites-moi, vous écrivez aussi?

-Je noircis du papier. Ça vous dérange de me faire lire quelques lignes?

-J'ai trois nouvelles qui attendent une critique, je peux vous les envoyer par e-mail.

-Entendu. J'aime beaucoup découvrir de nouvelles productions littéraires.

 

L'envie de partager mes histoires avec cette nouvelle camarade de jeu m'avait étourdi. J'avais été submergé de béatitude, durant toute cette journée. Et, le soir même, je lui avais adressé un premier texte d'une dizaine de pages. Dans mon message, j'avais insisté sur mon désir d'un avis sans indulgence.

Notre correspondance s'était intensifiée au fil des mois et une complicité s'installait entre nous.

 

Après quelques temps, lorsqu'elle est venue chercher un autre de ses meubles:

 

-Excusez-moi, je n'ai pas eu le temps de répondre à votre mail: je suis assez prise en ce moment. J'ai bien lu votre dernière nouvelle et votre style me plaît autant que pour la première. C'est très beau et moderne. J'aime beaucoup.

 

Pendant qu’elle me parlait, je m’apercevais que je ne savais rien d’elle. C’était peut-être mieux ainsi. Ça préservait intact ce sentiment puissant que j’avais là et qui m’envahissait dès que je la voyais… L’amour ? Non ! Ou peut-être, si...Cet amour des choses simples et vraies que l’on vit avec l’autre et dont tout le monde ignore tout. C'était en fait un doux secret que j’enfouissais et dont je cachais, même à l’intéressée, l’effet qu’il produisait.

La sensation d’être un interlocuteur privilégié, avait fait de ces échanges une richesse inestimable. De même, elle était la seule à avoir la primeur de mes mots.

 

 

 

* * * *

 

 

Marie, la sœur de mes nuits, n’a pas l’avantage d’être la première à savoir…Et c’est bien normal. Elle ne peut pas avoir ce regard critique sur mon travail puisqu’elle n’est pas impartiale. Ma sensibilité lui est familière. Nous sommes des jumeaux, l’un pour l’autre. Ce que j’écris, elle ne le lit pas : elle le décrypte.

Elle pourrait aussi se persuader que je suis éperdument amoureux de Lydie. Aurait-elle raison ?

Elle est là... Et moi qui suis distant! Elle sait que quelque chose se produit. Quelque chose qui lui échappe. Elle se dit probablement que son amour ne me suffit plus. J'ai plongé cette femme dans une angoisse qui la dépasse. Je l'ai forcé à lutter contre une ombre, un fantôme sur lequel elle n'a pas pu mettre un visage. Je n'ai pas le droit de la planter là, seule au milieu de mes dérives existentielles. Je me sens abjecte, dans mes errances.

Pendant des années, elle avait été le lien entre le monde et moi, à me pousser à me regarder en face. Elle avait fait de moi la grande personne que je n'étais pas encore. Ses coups de gueules, ses électrochocs ont été pour moi indispensables à l'achèvement de ma construction. Or, voilà qu'aujourd'hui elle est seule, isolée dans un désert de doutes et de peurs. J'ai envie de lui dire qu'elle reste la seule étoile de mon existence, mais je n'y parviens pas. Je crains de trahir ce que j'éprouve dans mes échanges avec Lydie. L'intensité de ces sensations est peut-être induite par un besoin de reconnaissance. Et si Lydie était un homme, ce sentiment serait-il moins fort?

De ce que je sais de nous, humains fragiles, morceaux d'un tout, c'est que nous croyons n'exister que par l'autre. C'est sûrement vrai, mais doit-on, pour autant, entrer dans une dépendance? Évidemment, le regard que l'on porte sur sa personne a besoin d'être bousculé. Est-il toutefois indispensable de chercher constamment à défaire une image?

 

 

 

L'instant glisse, se perd dans tes soupirs.

Il a suffi d'un geste

Et ce bouquet d'émotions s'est mû

En une explosion de sens.

Tu marches, sans-souci, une larme rubis au bord du regard.

Inconstante essoreuse de frissons,

Tu t'éloignes, paisible...

Belle et sereine dérive vers cette échéance aride.

Une prière d'infini dans un souffle d'agonie.

 

29 septembre: 18 heures 30

 

J’aime savoir qu’elle est touchée par mes mots et, ceux qu’elle me donne, me procurent d'intenses émotions.

 

Un voile de néant se pose

Délicatement sur les courants d'une vie.

Les toits crachent leurs peurs

Dans ce linceul de lampyres.
L'enfance ternit

Au son du jour qui s'enfuit.
L'éternité frissonne; il pleut des frayeurs.
La brume défait les instants.

Plus rien ne va comme avant.
C'est le requiem pour une journée qui s'achève.

 

 

Le spleen et la pénombre qui émanent de son dernier poème m’ont beaucoup ému. J’aime comme elle décrit l'encombrante tristesse d’un crépuscule qui réveille les incertitudes et les angoisses. Elle a pu le constater, j’ai une grande attirance pour ce qui est cassé chez l’être humain. Cette fêlure, elle l'a très bien peinte. Je la remercie encore pour cette confiance et ce partage.

Ces interactions sont des moments de vérité. Une vérité que l'on distingue à peine et qui prend forme dans les mots de l'autre. La nécessité de retrouver une communion d'esprit rend les êtres puissants et lumineux. Lydie m'aide à faire le plein de moi et je souhaite, par mes appréciations, l'inonder de cette force qu'elle insuffle en moi.

 

Je voudrais qu’elle aime mes critiques…Les percevra-t-elle comme je reçois ses commentaires? Telles des sources bouillonnantes qui envahissent la poitrine, irriguent, réchauffent le cœur, la tête et le corps entier.

 

* * * *

 

Elle a une grande sensibilité et semble si différente de celle que je peux voir dans le travail. J'admire son aisance à dissocier l’artiste de l'antiquaire. Je me régale de savoir qu’elle m'offre un peu d’elle lorsqu’elle m’envoie ses textes. J’aimerais tellement connaître cette femme…

 

 

4 octobre: 19 heures 20

 

Aujourd’hui est un jour de silence; nous nous sommes croisés. Pas d’échange. Ce vide, cette absence de mots me font du bien et m’attristent aussi. Je me dis qu’il faut un peu d’air à cette relation (enfin ce que je crois être une relation.)

 

Demain, je ne fais rien. Il est bon de se mettre en stand-by, parfois.

 

 

5 octobre: 10 heures

 

Cigarettes, café. Une phrase de René CHAR me revient à l’esprit :

« Le poème est l’amour réalisé du désir demeuré désir ».

C’est bien ce que je ressens, lorsque je couche mes émotions sur le papier !!!

 

 

* * * *

 

Matsanga, avec qui j'avais fait ma formation d'ébéniste, est passée par hasard à la boutique aujourd'hui. Nous avons longuement évoqué nos souvenirs de stages et de cours. Elle était la seule personne de ma promotion avec qui j'aimais discuter et échanger. Je lui avais même fait lire quelques-uns de mes forfaits de griffonneur novice. Elle avait été conquise par les histoires que je racontais. Aimerait-elle encore ce que j'enfante aujourd'hui?

 

Je me sens comme un gamin qui n’a pas vu sa maman depuis très longtemps et qui a plein de choses à lui raconter. Je l’avais perdue de vue depuis dix ans et pourtant, nous avions vécu ensemble des moments inoubliables.

 

 

 

20 octobre: 6 heures 15

 

Deux semaines de silence radio avec Lydie. J’attends. À quoi pense-t-elle en s’apercevant que je ne lui ai rien envoyé depuis quinze jours ? Elle imagine probablement que je n’ai pas trop de temps ou bien que je n’ai rien écrit. Et pourtant…

 

Je m’enduis du vide

Laissé par chacun de tes pas

Je cours encore après ce mirage

De caresser tes cheveux à l’aube

J’ai passé tant de nuits

A décorer mon ennui

De ton portrait.

 

Je souris timidement au souvenir de ton rire.

L’odeur de ton absence a gelé mes passions.

Je me souviens de tes mains dessinant nos espoirs,

De tes yeux miroirs de mon existence.

Aujourd’hui j’ai froid…

 

Tu as déserté l’île de nos contes.

Tu es partie pour écrire une vie loin de moi.

Avec je ne sais qui, sans mes désarrois.

Tu fais frissonner les aurores d’un amant

Tu esquisses lentement ton futur scintillant

Sur son corps d’enfant-dieu.

 

Tu es partie pour toujours

De ta maison d’insouciance.

Reviens-moi quand tu veux, tu me manques…

Mon enfant.

 

 

* * * *

 

Cette nuit, Marie et moi avons fait l’amour. Elle est toujours aussi désirable. Elle est belle et tendre.

 

Elle n’a pas eu besoin de me séduire. Sa présence seule a suffi à éveiller mes sens. Son odeur, le goût de sa peau…Tout chez elle, résonne comme un hymne au désir et à l’amour. Elle est moi, je suis elle. J’ai l’impression de l’avoir vu naître, grandir. J’ai envie de la voir vieillir.

Si, par malheur, nous devions nous séparer, elle resterait toujours une priorité pour moi…

 

 

 

 

* * * *

 

 

Quand, lentement, tu t’immisces dans mes turbulences,

La caresse de tes paroles posées sur mes silences,

Je me sens renaître adolescent.
Ton ombre diffuse sur mon inconscience

Le soupir amer de cette absence,

Et se reflète dans ce miroir angoissant.

 

Le doute s’installe près de moi.

Je me sens las de ce compagnon.

Dans mon jardin isolé, des pensées fusent.

Je voudrais que tu souries à mes rêves d’enfant,

Que tu sentes en toi cet éclat qui m’envahit,

Lorsque devant moi une silhouette se dessine

Et que ton visage m’apparaît, lumineux.

 

A quoi penses-tu quand se croisent nos regards ?

Moi, je m’imagine un endroit ignoré de tous,

Où tu m’attends…

Tes yeux me couvrent de sons que j’ai su écouter.

Tes mains effleurent mes craintes, apaisent mes ouragans.

Tu n’es pas ma maîtresse, tu es mon plaisir,

Tu es celle qui fait briller mes sens.

 

9 novembre: 20 heures 25

 

Gagné par l'euphorie, j'ai encore oublié de taper mon dernier texte, ce matin. Je me suis éveillé empli de cette plénitude que l'on a parfois après un rêve grisant.

Dans celui d'aujourd'hui, j'ai vu un enfant qui jouait à planer sur des courants ascendants en se jetant du haut d'une falaise. A chaque bond dans le vide, il était porté par un vent chaud qui le ramenait à son point de départ où il déposait un bouquet de fleurs de nuage. Ses éclats de rire m'emplissaient de joie. J'imagine bien qu'il y a une symbolique mais la chercher m'éloignerait de cette magie qui m'a accompagné tout au long de la journée.

Après deux heures de footing, je n'ai pas éprouvé la fatigue habituelle. Pendant que je courais, je me sentais léger et empreint de l'insouciance de cette nuit. C'était comme si cette gaieté m'avait porté; comme si j'avais flotté au dessus de ma vie.

Le ciel éclairé de cet automne finissant a certainement favorisé la prolongation de ce bien-être.

 

 

 

 

16 novembre: 21 heures

 

 

 

L'illusion d'une journée embaumée de miel m'a poussé, au saut du lit, à aller m'immerger au marché. Après ces quelques jours d'errance spirituelle, il fallait bien que je laisse entrer un peu de lumière dans ma vie.

Les cris des primeurs, les marchandages des badauds et les appels en tous genres sont autant de bouffées d'oxygène indispensables.

Les teintes adoucies du matin transi et les senteurs maraichères se fondent dans mon allégresse. Tous ces petits moments d'exaltation sont propices à la gestation de méfaits artistiques et vont certainement donner naissance à quelques lignes entremêlées, rampantes et hésitantes... Un fil d'or auréole ma journée et me guide tout droit vers des cimes empourprées...

 

Il a dans ses yeux

La candeur d’un enfant.

On entend dans sa voix

Un monde sans tourment

Sa crinière ondée signe sa présence

Sur ces roches sauvages que lui seul, peut effleurer. Il danse avec elles,

Les flatte de ses mains délicates.

 

Il semble être le seul qu’elles acceptent en leurs flancs.

Les baisers du soleil, les caresses du vent, le guident vers le bonheur: ce spectacle d'un panorama offert.

La nature et ses caprices sont sa famille. Il les aime comme un frère.

 

Il parcourt de ses sens, la force de ce tout. Il sait qu’il n’est rien; tout peut s’achever en un battement de paupière.

Il appartient à cette terre qu’il chérit comme sa mère.

Il l’implore chaque jour de lui laisser encore le temps de la découvrir un peu plus…

 

Des sanglots cristallins viennent peu à peu troubler le confort de mon extase. Ils surgissent du lointain, de mes nuits. Ils me semblent n'être là que pour souligner le doux son de la vie.

Comme ce vent de printemps qui, lorsqu'il cesse de souffler, nous fait nous délecter de la délicatesse du soleil.

Ne pas laisser l'ennui à perte de vie submerger cette jubilation. L'amertume est sûrement nécessaire à une perception réaliste de l'état du monde; en revanche, tout est une question de dosage.

 

 

20 novembre: 11 heures 50

 

Je ne sais plus quoi faire… J’ai peur de gêner Lydie avec mes courriers. Après tout, qui suis-je pour la solliciter sans cesse ? Je ne crois pas être en droit d’attendre d’elle une quelconque amitié ou tout sentiment y ressemblant. Elle est une femme épanouie, à qui je ne peux certainement rien apporter qu’elle n’ait déjà avec d’autres.

Et pourtant, j’aimerais que nous soyons, l’un pour l’autre, un pilier, un moteur ou même un miroir.

Si elle pouvait espérer quelque chose de moi !... Si elle se disait : « Que pense-t-il de ce que j’écris aujourd’hui ? » ou encore « Qui serait-il s’il n’écrivait pas ? ». De simples questions qui laissent penser que l'on est, pour l'autre, le petit éclat de vie qui manquait...

Peut-être que ce que j'aimerais, c'est qu'elle pense à moi, tout simplement!

Mais pourquoi? Je n'ai pas le désir d'être aimé d'elle! Sûrement parce que j'aime savoir que quelqu'un, quelque part, crayonne dans ses rêveries mon image, mes mots, ma personne...

Moi, moi, moi...

 

* * * *

 

23 novembre: 18 heures 25

 

Cet après-midi, j’ai écrit en repensant à tous ces paumés qui ne justifient leurs échecs que par leurs malheurs passés. Je les plains, tous ces endurcis de l’auto victimisation systématique…

 

Tu déverses sur l’autel du printemps de ta vie

Les affres de demain, les peurs d’aujourd’hui.
Tu effraies les déesses

Tu t’abreuves de supplices

Tu te noies dans le fleuve

De tes désirs de déclin.

Tu dissèques à tout va

Des histoires digérées

En voulant justifier les abîmes à venir.

 

Personne ne t’a jamais entendu rire

Du fond de ton être

A ces farces d’enfants.

 

A trop vouloir connaître le secret du Phœnix

Tu t’es gelé les ailes dans la glace

De tes cauchemars.

 

Réveille-toi !!!!!

 

 

25 novembre: 18 heures 45

 

Elle n'a pas eu le temps de lire « Une histoire » car très prise par son travail, en ce moment. En revanche, mon texte écrit il y a vingt ans, elle le considère frais et fort aussi. Elle aime beaucoup les images que j'emploie et espère d’autres échanges littéraires pour bientôt. 

 

Elle considère ce que je fais comme étant de la littérature ! Je suis touché, mais surtout surpris par l’utilisation de ce terme.

 

Et après tout, pourquoi pas ? Ce que nous écrivons est la mise en mots de sentiments profonds agencés pour décorer l’univers de lecteurs potentiels ; il me semble que c’est un peu ça, la littérature…

 

 

26 novembre: 7 heures

 

J’ai parfois l’impression que rien ne peut nous rapprocher. Je la sens posée, calme et réfléchie. Je suis bougon, nerveux et bordélique. Elle est très distante vis-à-vis des évènements. Elle analyse et déduit. Je suis plutôt impulsif et j’exprime trop souvent ce que j'éprouve, avant de réfléchir.

Que pourrait-elle trouver chez moi, qui serait propice à la naissance d’une amitié ?

Rien !

Je ne suis, pour elle, qu’un artisan qui écrit des fantasmes délavés.

 

 

J’ai longtemps marché dans la poussière d’une illusion éculée.
J’ai souvent frôlé, cheveux au vent, l’étoile que j’avais oubliée.

Un soleil effleure, de ses doigts effilés, la constance de mes peines.

Cet arôme m’effraie et je le fuis, cherchant un ailleurs qui allègerait mon fardeau.

 

Où es-tu, toi, le gosse qui flottait dans la fragilité des instants ?

Tu te caches et fais à nouveau rejaillir ces moments où l’on est ce héros terrassant les gorgones pour sauver son aimée.

 

J’en ai gravi des espoirs, pour y retrouver un peu de ton odeur !

J’ai réinventé des légendes dans un désir fou de me nourrir de chimères.

 

 

29 novembre: 9 heures 10

Un ange dort dans mon lit. Elle récupère de cette semaine éreintante.

Que dirait-elle de ces lignes désordonnées ? Elle ne doit pas les lire ; elle pourrait faire des comparaisons entre des sentiments incomparables. Ce serait compréhensible…Quelle femme ne serait pas jalouse d’une telle liaison,même virtuelle ?

Marie est celle qui dessine ma vie. Elle me porte comme son enfant, elle vit en moi et voyage dans mes pensées… Elle m’empêche de me fuir.

 

THE JESTER’S SMILE

 

When you danced in my dreams

When you flew on my clouds

You’d never thought you were made for me

I’d never heard all that sounds

Now you walk in my life

And you talk to my thoughts

You’re just my sunshine

With the light that you brought

 

Keep on floating in my mind

Open my heart and find

I’m not the king’s tears

But a jester’s smile

You move away my fears

And make them exile

 

You drew all my future

And you built my childhood

You made of my life a real rapture

You showed me how it’s good

To be in love with you

To get all what is true

To offer the light

That shines in your sight

 

Keep on floating in my mind

Open my heart and find

I’m not the king’s tears

But a jester’s smile

You move away my fears

And make them exile

 

29 novembre: 10 heures 15

 

J'ai lu sa nouvelle ce matin et j'ai beaucoup aimé. J’aime lire "ses" sentiments sur celui qui "lui" manque et dont on ne sait rien ; on sent son absence pesante...
J'aime sa façon d'aborder cette rupture sous différents angles, qui au final semblent donner un seul et même regard sur cet échec amoureux. .
Tout ceci n'est que ma première impression et j'ai toujours besoin d'une 2ème lecture. Je lui livrerai mes impressions définitives plus tard.
En tout cas j'ai aimé cette atmosphère, ce style et cette façon de présenter l'histoire.
Je lui suis reconnaissant pour ce bon moment, de même que pour le temps qu'elle a passé sur mes textes.

 

Lydie a souri à l’idée que l’on puisse penser son récit autobiographique. Elle n’a sûrement pas remarqué les guillemets qui suggèrent que j’ai compris.

Elle a trouvé amusant de voir ce que chacun imagine ou ressent en lisant le même texte au départ... Elle préfère laisser planer le doute, de toute façon, ça n'a pas beaucoup d'importance.

 

« Sinon, de mon côté, j'ai écouté vos titres et je dois dire que je suis admirative de ce que vous arrivez à faire. C'est quelque chose dont je serais bien incapable, malgré mes années de conservatoire!!! 
Donc, félicitations et bonne continuation.
A bientôt »

 

Je n’ai aucune notion de théorie musicale et ce compliment me touche tout particulièrement. « The jester’s smile » est un titre que j’ai écrit pour Marie et que je devais mettre en musique avec un guitariste. Malheureusement comme beaucoup de génies dépressifs, Jeff n’a pas eu la force d’aboutir ce projet et m’a abandonné. J’ai donc dû composer seul la musique de ce morceau.

 

* * * *

 

Le halo de ses yeux turquoise

Saisit, emporte les frissons.

L’onde apaisante de ses mots enlacés

Submerge et balaie ma mémoire.

 

Elle m’observe et j’oublie qui je fus.

Elle me parle et je n’entends plus

Que ce long souffle de soie

Qui recouvre sa voix.

 

Son regard parfumé envahit mes pensées.

Elle est là, cachée dans un coin de mon être.

Le sait-elle, ce qu’elle a fait de moi ?

Un pantin pathétique qui ruisselle de peur,

Qui appelle au secours et qui pleure.

 

Ce trésor émergé du fond de ma brume,

En est-elle le fruit ou l’arbre songeur ?

Dira-t-elle, un jour prochain,

Que je ne suis né que pour l’aimer ?

 

 

 

Ce texte « plein d'espoir malgré le sentiment de peur, presque de panique » qui s'en dégage, lui a plu au point qu'elle le qualifie d' « extrêmement beau » et me sait gré pour ce partage littéraire!!

 

2 décembre: 23 heures 30

 

-Dis-moi, ton écriture s’est affinée avec le temps…Tu as su dire l’essentiel en peu de phrases et tes illustrations sont restées très fortes.

 

Les compliments de Matsanga me touchent particulièrement ; elle est celle qui m’a incité à poursuivre dans l’écriture.

Je suis très fier d’avoir été ami avec cette femme.

 

* * * *

 

Je ne sais pas pourquoi Jodie Foster m’a toujours fasciné. Peut-être parce qu’elle sait rester discrète. Néanmoins, son petit côté intello déjantée, que je peux entrevoir, me plaît beaucoup.

Elle a le physique et le charme d’une déesse venue d’une planète lointaine.

 

 

 

« Chère Jodie,

Je vous connais peu mais je reste très marqué par votre interprétation bouleversante dans « le silence des agneaux ». Ce que j’apprécie chez vous, c’est surtout l’idée que je me fais de vous…Vous êtes, à mes yeux, entière, réservée et plutôt cultivée. Et je crois savoir que vous aimez la France.

J’aimerais, si vous me le permettez, vous suggérer de jeter un œil et une oreille sur mon blog, et que vous me disiez ce que vous pensez du travail exposé (Musique et textes). Je ne demande aucune aide de votre part (Je ne suis qu'un simple artisan, paysagiste des mots et des sons, qui ne désire que s'épanouir dans sa bulle) ; juste l’avis d’une personne à la sensibilité artistique prononcée.

Pourquoi vous ? Parce que le mystère que je perçois autour de vous m’intrigue. Vous enrobez d’une senteur inconnue cet effluve familier que je devine dans votre aura…

Lorsque je peux apercevoir votre image, j’ai la sensation que vous m’êtes étrangère alors que jaillit en moi cette impression que nous nous ressemblons…Vous êtes l’astre dont j’aimerais sentir la chaleur sur mon visage.

Amicalement. »

 

 

 

6 décembre: 22 heures 15

 

« Dans votre dernier envoi, vous me demandez de vous donner mon avis. Je dois avouer que je suis partagée entre la tristesse et le bonheur. Je sens une retenue dans ce sentiment que vous exprimez. Vous voulez dire ou faire dire des émotions mais quelque chose vous en empêche partiellement. La tension se fait sentir progressivement et, pour finir, vous nous livrez une explosion de douleur mêlée au soulagement. C’est ce qui fait la beauté de ce que vous écrivez… Je vous connais peu et je me dis que cette souffrance, vous êtes allé la chercher très loin. En fait, pas si loin que ça… Elle existe en vous mais elle n’est qu’une égratignure que vous êtes allé triturer, gratter pour qu’elle finisse par se muer en une gangrène insupportable. Au fond, vous êtes un artiste… 

A bientôt. »

C’est étrange, je n’aurais pas analysé mes textes avec tant de finesse, mais j’avoue que c’est très proche de ce qu’il s’est produit en moi.

 

 

* * * *

 

Cette nuit, j’ai pleuré de toute mon impuissance

Le néant laissé après ton absence

Ce matin, j’ai hurlé de toute mon insouciance

Au désert gorgé du goût de ton enfance.


Tu t’éprends du vide

Qui s’écoule dans mon corps brûlé

Tu frôles, timide,

Ma ferveur maculée

De larmes ardentes,

Suspendue dans la tourmente

De tes mirages.

 

Silence…

Je ne sais pas pourquoi, lorsque je n’ai aucun signe d’elle, je me sens empli de vase. J’ai soudain l’idée que je me fais trop pressant. Ce n’est pourtant pas mon objectif. La seule pensée que j’ai avec ces correspondances, c’est d’avoir, sur mes nouveautés, l’avis affûté d’une personne que j’estime.

 

Je crois que je vais relire sa dernière création ; ça m’évitera peut-être de me lamenter sur ce black-out déstabilisant.

 

Mais comment peut-on être déstabilisé par quelqu’un qui ne prétend pas montrer d’elle une autre personne que celle qu’elle est ?

 

Mon pauvre garçon, tu fais pitié à voir ! Que cherches-tu ? Tu as déjà l’amour, et pour une amitié si désincarnée soit-elle, encore faudrait-il que tu aies un peu plus d’attentions et d’égards pour l’autre !

Tu en es le seul responsable du bourbier dans lequel tu t’enfonces… Elle ne t’a jamais rien promis. Elle a déjà beaucoup fait en lisant et en commentant tes griffonnages dépressifs. Tu ne vas pas devenir exigeant, non plus ! Allez, ressaisis-toi, mon grand !

 

11 décembre: 3 heures 30

 

Cette nuit m'appartient. Je ne dors pas et je la veux mienne. L'insomnie n'aura pas d'emprise sur mon humeur. Subir, je ne le veux pas. Je suis calme, je m'imprègne de cette tranquillité nocturne; je me laisse aller...

 

Une silhouette aperçue au loin, une démarche familière m'ont fait revenir quinze ans en arrière.

Lorsque j'ai débuté chez mon premier employeur, il y avait un garçon dont la tâche était de nettoyer et de remettre en ordre les ateliers. Il secondait aussi le patron dans ses déplacements; Dominique était l'homme à tout faire mais aussi le second, l'homme de confiance. Il vivait dans une chambre, au dessus de la boutique, dans les appartements de la direction. Il était le fils que Monsieur et Madame Rouvier n'avaient pas eu.

Dom' pendant les pauses, sculptait au couteau suisse, les chutes de bois trop petites pour finir dans la cheminée familiale.

Souvent, après le travail, je restais pour bavarder avec lui. Nous échangions sur tous les sujets. Bien qu'il ait quitté l'école à seize ans et sans diplôme, il avait des connaissances et une culture qui m'impressionnaient.

Sa chambre ressemblait à celle d'un étudiant en lettres. La bibliothèque, trop petite, contenait l'essentiel de la littérature classique et à côté, le sol était jonché d'ouvrages de philosophes anciens et modernes ainsi que d'essais de sociologie et d'ethnologie.

Après mon départ de chez les Rouvier, nous avons continuer à nous fréquenter, puis lorsque ses patrons ont pris leur retraite, il est parti vivre en Finlande. Il me disait souvent qu'un jour il irait à la découverte de la nature scandinave.

 

Était-ce lui que j'ai deviné, cet après-midi, chez le quincailler. Ce pas lourd et hésitant, cette masse imposante (1,98m pour 110 kilos) et ce bleu de travail délavé m'ont rappelé Dom'.

 

Il faudra que j'expose en vitrine cette « déesse de la fécondité allongée » qu'il avait façonnée et m'avait offerte avant son départ.

 

A-t-il réussi à construire sa maison de bois dans cette forêt finlandaise dont il me parlait souvent?

 

16 décembre: 20 heures

 

Cette beauté ondulante, ces yeux à l'espièglerie à peine dissimulée sont mon univers quotidien; et malgré cette intimité distante, je ne parviens pas me sentir proche de Lydie.

 

Quand je la sais non loin de moi mais impalpable, je sens une angoisse m'envahir; et, lorsqu'elle se matérialise, tout s'apaise.

Il est étrange ce sentiment: je n'entrevoie, dans mes fantasmes les plus enfouis, aucun contact charnel, si ce n'est une main dans les cheveux ou une caresse sur la joue. Son amitié me comblerait...

 

Un jour, tu sauras…

Un jour, tu verras ce murmure dans mes mains.

Peut-être, ce jour-là, diras-tu que je suis fou…

 

Tu es ancrée dans mes cieux,

Tu ondules mes désirs.

Tu ne perçois pas encore le flou

Que tu poses sur ma vie.

 

Je veux préserver ce moment enfantin d’espoir fragile,

Qui nourrit mon dessein d’éclore dans tes songes.

 

Je m’enivre de tes mots.

Ton visage irradie cette histoire que j’invente.

J’en rêve un peu, je l’aime passionnément, je n’y crois pas du tout…

La lame, qui transperce cette toile que j’ai peinte, me fait mal…

 

J’aurais bien aimé que tu termines ce chef d’œuvre.

Mais que peux-tu faire, puisque tu ignores tout ?

 

 

Cette nouvelle production artistique qui fait écho à un autre texte que je lui ai envoyé, semble l'avoir émue.

Elle m'avoue même avoir une petite préférence pour celui-là, certainement parce qu’il ressemble plus à un dialogue; le garçon s’adressant de façon directe à l’autre personne en disant « tu » au lieu de « elle ». Comme ça ressemble davantage à sa manière d’écrire, elle se sent encore plus touchée par le fond. Elle en aime beaucoup le style…

 

 

Qu'il est doux de goûter au plaisir de l'émouvoir! C'est un peu comme dans un rêve d'enfant: réel et imaginaire à la fois...On a envie d'y croire...On y croit...

J'ai honte de tout ça...Je n'y peux rien, mais je me sens merdeux.

 

21 décembre: 22 heures 45

 

Je sais, aujourd’hui, que nous n'avons que peu de choses en commun. Elle semble avoir besoin de briller. Je l’ai constaté, hier, lorsque nous nous sommes retrouvés à la fête organisée par Matsanga. Elle est venue seule ; probablement que son mari n’a pas voulu s’incruster dans une soirée où il ne connaissait personne.

Si je n’avais pas cette estime pour ses talents artistiques, je crois bien que je l’aurais trouvée un brin superficielle dans ses rapports à l’autre. Pourquoi, avec tant de qualités, éprouve-t-on le besoin de se faire valoir à l'aide de futilités telles que la séduction?

...Trop souvent, ceux qui laissent leur matière grise au repos le temps d’un bon moment, ont fait l’objet, de ma part, de quelques critiques assez condescendantes...

Il semble difficile d’admettre que la vérité peut être ailleurs que chez soi. Quelle est donc ma vérité, pour que j’en occulte celle de mes congénères ?

En fait, elle était rayonnante et semblait extrêmement à son aise au sein de cette cour principalement masculine. Elle a eu quelques bons mots et, finalement, j'ai trouvé son humour subtil.

 

A vrai dire, je suis un peu comme Lydie ; j’aime que l’on me regarde et je voudrais aussi être admiré. Or, je suis assez pataud et plutôt gauche en société. Je crois que je suis un peu jaloux de cette femme qui réussit à charmer autant par son talent que par son charisme.

L’envie d’être comme elle, m’entrave momentanément dans mes mouvements. Je m’isole dans mon bien-être quotidien et déguste la saveur des jours écoulés auprès de mon aimée. J’aime énormément cette solitude dans laquelle nous nous sommes enfermés, Marie et moi. Mais je suffoque et j’aimerais découvrir le goût d’une amitié entre deux êtres opposés et si proche à la fois…

 

J’ai de la tendresse pour celle que je découvre tous les jours et qui me surprend. Si j’ai inséré son portrait en filigranes, dans mon logiciel de traitement de textes, c’est par peur que m’échappe cette douceur qui fait vivre mes mots. Je voudrais tellement qu’elle sache tout ça mais surtout, qu’il n’y ait pas d’équivoque : j’aimerais simplement avoir de vrais amis ; et si elle en faisait partie, je serais comblé.

 

La pénombre qui règne sur mon esprit a fait disparaître toute humilité en moi. Ma gaieté naturelle s’est enlisée dans les doutes. Je savoure la féerie des sentiments nouveaux, mais je n’arrive pas à me satisfaire des petits instants de joie qui comblent une vie. J’ai longtemps cru…Non, rien. Et voilà, je parle encore de moi et de mes travers!

Je n’arrive pas à me réjouir de cette vie qui m’a été offerte. 

 

 

J’aime découvrir ces lignes lumineuses,

J’aime respirer l’essence de ces mots

Jetés au hasard d’un sentiment.

Je me grise du nectar des images

De ces êtres parcourus de lumière,

Qui font vivre à nos âmes

Des histoires si intimes.

Je vous aime, vous les artistes, qui savez partager

Avec nous, vos déchirures et vos joies.

Merci.

 

 

28 décembre: 11 heures

 

Aujourd’hui c’est dimanche. Il est 11 heures et je me demande encore pourquoi je fais tout ça… L’écriture et la musique sont des sources de joie quasi immédiate, mais quand tout est fini, après un état de plénitude, le néant s’installe. C’est un peu comme la « petite mort ». C’est à cet instant précis que le doute envahit l’esprit. Si on laisse ce parasite évoluer à son aise, on finit par ressembler, j’imagine, à ces cancéreux en phase terminale de leur maladie.

Heureusement, j’ai à mes côtés cette fleur qui parfume ma vie et qui me donne cette allégresse quotidienne pour poursuivre.

 

 

29 décembre: 6 heures 50

 

Ce n’était qu’un mauvais moment. Je suis de nouveau d’attaque pour de nouvelles aventures. J’ai, bien sûr, toujours ces doutes quant à mon travail artistique, mais ils ne me paralysent plus. Depuis que j’ai entamé l’écriture de ce récit, je n’ai plus composé. Je crois bien que cela me manque un peu. C’est peut-être pour cela que depuis quelques jours j’ai ressenti le désir de composer sur les paroles d’une amie. Elle m’avait sous-entendu qu’elle aimait mes productions et j’en ai profité pour lui dire que je pouvais mettre à son service mon petit talent de compositeur. Quelques suites d’accords simples à la guitare, une ligne de basse, une partie de batterie, des nappes de violons et des arrangements dans un esprit pop ont servi de soutien à une mélodie rudimentaire et un chant approximatif ; le tout ayant donné, je pense, un titre assez efficace.

Expérience à renouveler !

 

Réflexion faite, en réécoutant cette chanson, je m’aperçois qu’elle serait mise en valeur par un vrai chanteur. Lorsque j’ai enregistré le chant, j’ai eu d’énormes difficultés à me détacher du travail de la composition et je n’arrivais donc pas à donner l’émotion nécessaire aux paroles. J’ai eu, en plus, des problèmes quant à la tenue des notes et à leur justesse. Je vais laisser reposer un peu ce labeur pour m’y remettre plus tard. D’autant qu’il faut que j’améliore ma technique vocale.

 

* * * *

 

A plus de quarante ans, je me demande encore si ce que je fais a un sens.

 

 

6 janvier: 21 heures 55

 

L'autre jour, quand j’ai fait de l’humour sur la façon de travailler de certains antiquaires, Lydie a ri aux éclats. Ce rire franc et sincère m’a transporté dans un univers encore inconnu pour moi. J’avais, à cet instant, un sentiment de puissance et un pouvoir que je comparerais à celui de la séduction. En l’espace de dix secondes, je me suis senti immortel.

 

Nous nous sommes retrouvé, le soir même, au bar du « Coin ». Nous n’avions pas envie de rejoindre immédiatement nos vies privées respectives. Nous avons longuement conversé. Nos échanges ont beaucoup porté sur la politique et des sujets de société ; j’ai découvert ce jour-là une femme plutôt humble qui se cache derrière un détachement déconcertant. Je me sentais en paix. Les divergences sont inévitables dans de telles discussions et, curieusement, je ne m’en suis pas trouvé contrarié.

Nous nous sommes fait la bise pour nous séparer après cette complicité qui s’était installée et j’ai senti ses lèvres frôler les miennes.

 

-Pardon Lydie, je ne sais pas si c’est volontaire, mais si ça l’est, et ce n’est pas pour me déplaire, je pense qu'il est inutile d’aller plus loin ; Nous gâcherions ce que nous venons de vivre et la tendresse que j’ai pour vous en serait affectée.

-Excusez-moi, je voulais simplement vous goûter ; mais vous avez raison, des gestes tendres sont beaucoup plus précieux qu’un baiser et surtout sans ambiguïté.

 

Un instant, j’ai pu sentir son odeur. Elle ne portait pas de parfum et dégageait une senteur de bébé, un peu sucrée et teintée d’une légère acidité. Ce subtil mélange était envoûtant.

 

 

 

* * * *

 

 

Il fait chaud ce soir; un soir d'hiver où tout est lourd, moite. Un de ces soirs qui font que l'on se sent macérer dans les restes d'une passion lointaine.

Dissout dans la frénésie d'outre-moi, je sue et je perle... Je me répands en bulles salées sur ce sofa.

Ça y est, je me suis oublié et je plane entre des souvenirs déchirés. Le courant m'emporte et j'élabore sans tactique, je dessine à l'aveugle mes gelures profondes.

 

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Commentaires: 5

  • #1

    RV Carré (dimanche, 16 mai 2010 07:15)

    Bonjour,
    Votre récit commence plutôt bien. Nous attendons la suite impatiemment.
    Belle écriture.
    RV

  • #2

    Estelle (dimanche, 16 mai 2010 10:44)

    Je trouve que la sensibilité qui se dégage de votre texte laisse augurer de bons moments de lectures. Le narrateur semble avoir une reflexion sur lui brodée de poésie. Veillez, toutefois à ne pas surcharger vos textes d'allégories qui pourraient nuire à la lecture. Mais je pense que ce seul extrait n'est pas le reflet de l'oeuvre et, comme RV, j'attends d'en lire un peu plus.
    Bravo,
    Estelle.

  • #3

    t@rnol (dimanche, 16 mai 2010 10:48)

    salut,
    j'ai du mal avec les écrits trop introspectifs. je n'arrive pas à pénétrer ton univers, mais le style me paraît convenable...
    t@rnol

  • #4

    Pol (dimanche, 16 mai 2010)

    J'aime bien ce début d'histoire. Un amour bien décrit qui naît entre deux êtres et qui me donne envie d'en savoir plus...
    Je reviendrai pour lire la suite.
    Pol

  • #5

    Véronique (dimanche, 14 novembre 2010 20:13)

    j'adore ton style je te l ai deja dis d ailleur , cette façon que tu as de nous emmener avec toi dans tes textes ... j avoue je suis fan et impatiente d en lire d avantage ... continue a me faire voyager tout au long de tes mots
    Véronique D.

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